Une lettre est arrivée à mon église, invitant des bénévoles à participer à un programme de justice restaurative. Cela a marqué le début de plus de dix ans de bénévolat dans le domaine de la justice restaurative au sein de ma ville, d’abord en tant qu’animatrice, puis comme gestionnaire de dossier. J’ai ainsi été témoin d’une véritable évolution chez les personnes concernées. Pour avoir vu s’exprimer tant de remords, de courage et de désir sincère d’assumer ses responsabilités, j’ai été incitée à prier avec ferveur afin de mieux comprendre ce qu’est la véritable justice.
Le concept de justice restaurative plutôt que punitive a trouvé un écho en moi en tant que mère et scientiste chrétienne pratiquante. En substance, la justice restaurative dévoile et corrige les erreurs, et montre la bonté et la spiritualité inhérentes à l’humanité. On lit dans la Bible : « L’Eternel est miséricordieux et juste. » (Psaume 116:5) Comprenant la coïncidence de ces qualités, on comprend que, si les fautes doivent être corrigées, il existe en même temps une possibilité de rédemption. Cela s’explique par le fait spirituel selon lequel tout le monde peut être racheté, et nous amène à un point fondamental de la Science Chrétienne : le Christ, en tant qu’activité de Dieu, révèle l’homme véritable.
On le constate dans de nombreux exemples que Jésus a donnés à l’humanité. Réfutant le concept de « œil pour œil », il a enseigné à la place : « Aimez vos ennemis. » (Matthieu 5:38, 44) La vengeance perpétue le mal alors que l’amour spirituel non seulement brise les schémas destructeurs de la pensée et de l’action, mais éveille la conscience à la réalité du bien, de l’Amour divin, et à l’irréalité de ce qui s’y oppose.
Saul, qui a connu l’une des transformations les plus spectaculaires relatées dans la Bible, pouvait sembler ne pas pouvoir être racheté lorsqu’il persécutait les premiers chrétiens. Pourtant, dès qu’il entendit la voix du Christ, tout a changé pour lui. Il cessa de les persécuter et s’employa à faire connaître le message du Christ en tant que l’Apôtre Paul. Il écrit aux premiers chrétiens de Rome : « Ne vous vengez point vous-mêmes, bien-aimés... si ton ennemi a faim, donne-lui à manger ; s’il a soif, donne-lui à boire... Ne te laisse pas vaincre par le mal, mais surmonte le mal par le bien. » (Romains 12:19–21)
Ces exhortations étaient conformes aux enseignements et aux actes de Jésus, lequel décourageait le désir de vengeance contre les personnes accusées tout en exigeant une réforme morale de leur part, comme lorsqu’on lui amena une femme surprise en flagrant délit d’adultère. Il empêcha la foule de la lapider, sans pour autant excuser l’acte répréhensible. Il déclara à la femme : « Je ne te condamne pas non plus ; va, et ne pèche plus. » (Jean 8:11) Il sépara la personne du péché et éveilla la conscience tant chez celle qui était accusée que chez ses accusateurs. La justice, telle qu’il la vivait, n’était ni gentillesse humaine ni acte de vengeance, mais l’accomplissement de la loi divine.
Comprendre que Dieu est Amour et refléter Sa bonté inébranlable, montre que la miséricorde et la vérité sont d’origine divine. En tant que reflet de Dieu, nous exprimons tous ces qualités. Elles sont inhérentes à notre véritable identité spirituelle. La Science Chrétienne enseigne ceci : « Les attributs de Dieu sont : la justice, la miséricorde, la sagesse, la bonté, et ainsi de suite. » (Mary Baker Eddy, Science et Santé avec la Clef des Ecritures, p. 465) En tant que qualité divine, la miséricorde favorise la régénération chez l’individu et dans la localité, tandis que la justice exige une transformation de la conscience. La pratique du mal est une distorsion de la vraie nature de l’homme, une fausse croyance mise en pratique. La sagesse renverse tout discours suggérant que l’homme est par nature mauvais ou qu’il ne peut pas être sauvé, et elle montre au contraire que sa véritable identité est entièrement spirituelle et divinement aimée. Par conséquent, tout le monde est à même de se réformer.
Cette conviction que chacun peut être racheté semble parfois difficile à accepter au vu des événements mondiaux. Les préjudices qui font l’actualité quotidienne permettent difficilement de comprendre comment on peut rendre la justice sans recourir au châtiment. Pourtant, du point de vue de la Science Chrétienne, on comprend que la justice divine dévoile et corrige l’erreur, et qu’elle restaure l’harmonie en réparant les torts causés et en guérissant les blessures infligées. Elle fait ressortir l’identité spirituelle fondamentale de chacun, la véritable idée de l’homme qui n’est pas touchée par le péché ni par le mal, et elle met en lumière cette réalité aux yeux de tous les membres de la localité.
Dans mes prières, au cours des cas que j’ai accompagnés, j’ai ressenti de manière très vivante la présence du Christ, l’influence divine au service du bien, transformant des blessures en guérison. L’un de ces cas concernait une personne qui avait fait peser de lourdes menaces sur une grande partie de la localité. Au cours de moments d’échanges sincères et de responsabilités assumées, les personnes présentes étaient visiblement émues, certaines jusqu’aux larmes. J’ai pu observer des changements de pensée de tous côtés. Non seulement il y a eu réparation des préjudices causés, grâce à des contacts réguliers et à l’exécution de travaux d’intérêt général dans la localité, mais les personnes concernées ont profondément changé leur façon de se percevoir les unes les autres et ont surmonté la peur.
Lorsque le Christ vient à la conscience humaine, cela peut sembler éprouvant au début, lorsque les croyances erronées, qui étaient profondément ancrées, s’effondrent. Mais ce bouleversement permet à l’influence de l’Amour divin de s’étendre, de corriger l’erreur et d’amener toutes les personnes concernées à la bonté et à la compassion. Croire à une solution divine n’est pas de l’idéalisme passif, c’est du courage moral.
Alors que l’on s’engage individuellement à agir avec courage au nom de la véritable justice, le Christ, la Vérité, s’emploie à corriger et à guérir. La loi divine révèle ce fait spirituel qu’est l’harmonie toujours présente, à savoir le royaume de Dieu dont les enseignements bibliques expliquent qu’il est au-dedans de nous. En nous engageant de tout notre cœur dans une pratique chrétiennement scientifique, nous percevons mieux notre propre nature spirituelle et celle de notre prochain, comme une réalité qui ne peut être cachée. Non seulement cela génère une transformation en nous-mêmes et chez ceux pour qui nous prions, mais la ville et le monde en ressentent les effets curatifs.
Larissa Snorek
Rédactrice adjointe
