Un samedi soir, dans notre quartier qui est d’ordinaire calme, ma femme et moi avons entendu plusieurs enfants crier, rire et s’amuser dans notre jardin, devant la maison.
Dans le jardin se trouve une balançoire fabriquée avec un pneu et suspendue par une corde accrochée à l’énorme érable argenté centenaire. Quand nos enfants étaient plus jeunes, ils adoraient jouer sur cette balançoire. Depuis qu’ils ont grandi et quitté la maison, nous avons parfois autorisé les enfants du quartier à l’utiliser.
Au fil des ans, la corde s’est usée et effilochée. Il est difficile de la remplacer car il faudrait pour cela grimper à 9 mètres de haut. Par mesure de sécurité, nous avons donc entouré le pneu d’un ruban rouge de signalisation, et mis un panneau demandant aux gens de ne pas se balancer.
Ce soir-là, lorsque j’ai entendu les enfants dans le jardin, ma femme m’a dit que, plus tôt dans la journée, ces jeunes avaient été irrespectueux envers elle quand elle leur avait demandé de ne pas jouer sur la balançoire. Elle voulait que je leur parle. Ils m’ont vu dès que je suis sorti et se sont enfuis dans toutes les directions comme des pigeons effrayés.
Je suis rentré dans la maison, mais quelques minutes plus tard, ils étaient de retour sur la balançoire. Je suis ressorti et, une fois de plus, ils se sont enfuis. Cette fois-ci, je les ai suivis. Quand ils m’ont vu, ils se sont mis à m’insulter et à rire tout en courant dans la rue.
Je ne voulais pas répondre à ces injures grossières ni réagir avec colère et animosité, car cela n’aurait certainement rien résolu. Voulant écouter les conseils de Dieu sur la manière de réagir, j’ai compris qu’il me fallait refuser de croire que ces enfants étaient mauvais et que je devrais réagir en conséquence. En d’autres termes, les poursuivre, trouver leurs parents pour leur dire que leurs enfants étaient des « voyous », voire prendre des mesures encore plus sévères.
Au lieu de cela, j’ai décidé d’aborder la situation comme, selon moi, Christ Jésus l’aurait fait et aurait souhaité que nous le fassions tous : je devais voir en chacun, y compris ces enfants, l’image de Dieu, Sa nature parfaite et sans péché. Une telle attitude est constructive et favorise l’harmonie. Je me suis donc efforcé d’écouter ce que Dieu me disait au sujet de leur véritable nature, que je savais être bonne. Je pouvais m’attendre à ce qu’ils manifestent notamment de la compréhension et du respect.
Fort de ces idées, je suis allé m’asseoir sur le muret qui sépare notre jardin de la rue, où je suis resté sans bouger. A moins d’une centaine de mètres, dans une semi-obscurité, je les ai aperçus qui revenaient. Comme j’étais éclairé par le réverbère, ils pouvaient me voir également. J’étais calme et tranquille. Quand ils sont arrivés devant la maison juste en face de la nôtre, ils ont traversé la rue, marchant vers moi en ordre dispersé. Alors, contre toute attente, quand ils se sont trouvés à quelques mètres de moi, l’un d’eux a levé les mains en l’air comme un soldat qui se rend, tandis qu’un autre s’est excusé en disant qu’ils ne nous voulaient aucun mal. Je me suis levé, et je me suis dirigé vers eux d’un pas nonchalant, les mains dans les poches.
Alors que je m’approchais, l’un d’eux a redit combien ils étaient désolés de leur comportement, à quoi j’ai répondu que je n’étais pas fâché. Je me suis surpris à dire qu’il leur avait fallu du courage pour venir me présenter leurs excuses, ce que j’appréciais. Un des jeunes m’a alors dit qu’ils avaient discuté tous ensemble de cette ligne de conduite à tenir, et un autre a déclaré fièrement que c'était lui qui avait proposé d’aller s’excuser. Nous avons alors pu discuter, et je leur ai parlé de l’usure de la corde de la balançoire et des raisons pour lesquelles nous ne voulions pas que les gens l’utilisent.
A la fin de la conversation, l’un des jeunes s’est présenté en me tendant la main. J’ai ensuite serré la main de tous les autres, et nous nous sommes présentés à tour de rôle. Avant qu’ils partent, je leur ai dit qu’ils pouvaient s’amuser, pourvu qu’ils demeurent respectueux, ce à quoi ils ont acquiescé. Au moment de se quitter, l’un d’eux m’a dit : « Bonne nuit, Bill », et un autre : « Que Dieu vous bénisse ! » J’ai alors réalisé que c’était là l’œuvre de Dieu. Et je leur ai répondu : « Que Dieu vous bénisse aussi ! »
