J’ai été profondément touché d’apprendre que Mary Baker Eddy, la découvreuse de la Science Chrétienne, avait fondé le Christian Science Sentinel, une publication sœur du Héraut, dans le but de « monter la garde sur la Vérité, la Vie et l’Amour » (La Première Eglise du Christ, Scientiste et Miscellanées, p. 353). Cela m’a incité à trouver des moyens de monter la garde sur la Vérité, la Vie et l’Amour dans ma propre vie et au sein de ma localité. Comment pouvais-je vivre une vie plus véridique et plus aimante en témoignant de ma compassion et de mon christianisme aux autres ?
Là où je vis, le besoin de logements et d’aide pour les sans-abris est notable. Nombre d’entre eux ont fabriqué des abris à l’aide de tentes, de bouts de carton, de matériaux de construction, etc. Je me suis senti poussé à trouver un moyen de répondre à ce besoin, même modestement. Mais comment s’y prendre face à un défi aussi immense ?
Je me suis souvenu d’une expression évoquée lors d’une réunion il y a quelques années : « le christianisme en cocotte », qui désignait l’amour concret que nous témoignons aux autres. Avec des amis, nous avons commencé à préparer des repas pour les personnes qui vivaient sous des tentes et dans des cabanes sur les trottoirs. Je distribue ces repas le dimanche matin, en allant à l’église.
Pour conférer plus de sens à ce « christianisme en cocotte », je désirais être certain que la prière me guidait. Chaque semaine, je priais pour savoir dans quels quartiers de notre ville je pourrais me rendre utile. De plus, ma prière était ancrée dans la ferme conviction que cet acte d’amour porterait des fruits et engendrerait un changement durable.
En quelques semaines, j’ai commencé à avoir des contacts plus réguliers avec certaines personnes, et des conversations profondes s’engageaient. Certains visages s’illuminaient en me voyant arriver, et ils me disaient souvent : « Que Dieu vous bénisse. » J’étais également encouragé dans ce travail par les instructions de Jésus à ses disciples, lorsqu’il les envoya prêcher et guérir : « Dans quelque maison que vous entriez, dites d’abord : Que la paix soit sur cette maison ! » (Luc 10:5) Avec la paix au premier plan de mes pensées, ces tentes et ces cabanes sont devenues pour moi des lieux sacrés – des endroits où nous pouvions nous rencontrer dans l’amour et la bienveillance, comme des enfants de notre Père-Mère Dieu.
Un jour, je suis arrivé sur un petit lopin de terre qui surplombait l’autoroute, et j’y ai trouvé un homme qui ratissait les alentours de sa petite tente. Nous avons sympathisé, et j’ai même senti que je pouvais l’accueillir chez moi, à la ferme, toutes les deux ou trois semaines, pour qu’il puisse se laver et mettre les vêtements propres que je lui fournissais. Nous avons eu de nombreuses et merveilleuses conversations sur la religion. Il me parlait de sa mère, membre d’une église chrétienne évangélique. Je lui racontais des histoires de ma propre mère, qui avait été praticienne de la Science Chrétienne pendant trente ans. Nous avons ressenti une profonde connexion en partageant notre amour commun pour Dieu.
Bientôt, ce travail m’a donné envie d’en faire plus pour aider et soutenir ceux qui avaient besoin d’un toit. Mes prières ont mis sur mon chemin deux personnes qui vivaient dans une camionnette et qui essayaient de gagner leur vie en rénovant des fourgonnettes pour d’autres. Je leur ai offert une chambre chez moi, où ils ont vécu pendant un an. Durant cette période, nous avons eu de nombreuses conversations sur Dieu, le sens de notre vie et les choix que nous pouvons faire pour avancer. Tous deux avaient abandonné tout intérêt pour la théologie traditionnelle, en raison de ce qu’ils décrivaient comme une hypocrisie au sein de leur famille respective. Mais, pendant les repas du soir, nos conversations ont pris une dimension plus profonde et nous ont amenés à parler de Dieu comme d’une puissance infinie gouvernant tout. Finalement, ils ont acheté leur première maison et ont quitté la ferme, animés d’une volonté sincère de mieux comprendre Dieu en tant que le Principe divin qui gouverne leur vie.
Réfléchir sur la mission que Mary Baker Eddy a donnée au Sentinel m’a ouvert les yeux plus largement sur ce que signifie être chrétien, et sur de nouvelles façons de m’engager et de participer à un ministère de guérison au sein de ma localité. Elle décrit cette Science comme un levain spirituel à l’œuvre dans la conscience humaine, individuellement et collectivement. Dans le chapitre du livre d’étude de la Science Chrétienne intitulé « La science, la théologie, la médecine », elle déclare : « Si la main délicate, tendue pour recevoir des émoluments princiers, et si le talent architectural, qui rend le dôme et la flèche scintillants de beauté, refusent de laisser entrer le pauvre et l’étranger, ils ferment en même temps la porte au progrès. » (Science et Santé avec la Clef des Ecritures, p. 142) Grâce à mon étude de la Science Chrétienne, j’ai appris à regarder au-delà de la pauvreté, de la maladie mentale, de la toxicomanie et d’être sans logement pour contempler la création de Dieu. Il m’a fallu du temps pour élever ma perception car, dans une certaine mesure, j’avais accepté ces conditions comme la réalité pour ces personnes qui avaient besoin d’aide et d’une main secourable.
Le tournant a été la prise de conscience de la vérité que Dieu, l’Amour infini, pourvoit à tous les besoins humains. J’ai commencé à dépasser les stéréotypes relatifs au manque en rencontrant ces personnes. Au lieu d’accepter que les limites étaient réelles et inéluctables, j’ai perçu la vérité spirituelle de l’homme créé à l’image et à la ressemblance de Dieu, éternellement aimé de Dieu et bénéficiant de tout ce que Dieu, le bien, donne à chacun de Ses petits. De ce point de vue, j’ai pu reconnaître leur ingéniosité et leur persévérance innées, qui sont des dons de Dieu, ainsi que leur compassion les uns pour les autres. Mes prières étaient fondées sur des faits spirituels, et non sur des perceptions erronées et matérielles. Dieu a élevé ma perception jusqu’à la réalité spirituelle, la totalité de Dieu, qui est la Vie divine. Cette perception plus élevée a béni et a soutenu mes efforts pour vivre mon christianisme, pour tendre la main et pour aider les autres à s’élever. J’ai alors constaté de plus en plus de convergence entre les ressources de la localité et les besoins des sans-abris.
Ce qui paraissait impossible auparavant est rapidement devenu réalité. Je me suis rendu dans un quartier particulier qui s’étendait sur plus d’un kilomètre et demi et où vivaient depuis plusieurs années plus de soixante-dix personnes. Un dimanche matin, en arrivant, j’ai été stupéfait de constater que tout avait disparu. La ville avait relogé tous ceux qui l’avaient accepté, puis avait complètement nettoyé les rues. Quel bonheur d’assister à cette transformation !
Ce matin-là, à l’église, j’ai raconté à un membre ce qui s’était passé, et elle m’a répondu : « Tu leur as sûrement donné plus que de la nourriture. » Science et Santé affirme : « Le désir, c’est la prière ; et nous ne pouvons rien perdre en confiant nos désirs à Dieu, afin qu’ils soient façonnés et élevés avant de prendre forme en paroles et en actions. » (p. 1) Je savais que beaucoup de gens dans la localité aspiraient à un changement positif. Je voyais bien que leur désir de progrès était une prière pour ces personnes dans le besoin. Dans mon église, de nombreuses personnes ont manifesté de la compassion pour les sans-abris, à la suite de ces prières, reflétant ainsi l’amour concret exprimé par Mary Baker Eddy dans cet énoncé touchant concernant sa découverte de la Science Chrétienne : « Je la nommai Chrétienne parce qu’elle est compatissante, secourable et spirituelle. » (Rétrospection et Introspection, p. 25)
Dans le livre de Jérémie (23:23), dans la Bible, nous lisons : « Ne suis-je un Dieu que de près, dit l’Eternel, et ne suis-je pas aussi un Dieu de loin ? » La prière peut conduire chacun de nous à faire partie d’une Eglise que Science et Santé définit, entre autres, comme « cette institution qui donne la preuve de son utilité et qui, ainsi qu’on le constate, ennoblit la race, réveille des croyances matérielles la compréhension endormie en l’amenant jusqu’à la perception des idées spirituelles et à la démonstration de la Science divine » (p. 583). En nous appropriant les idées spirituelles, nous voyons que Dieu est un Dieu proche de l’humanité entière – de la famille, des amis, des voisins et de tous ceux que nous n’avons pas encore rencontrés. Aujourd’hui, chacun d’entre nous peut « monter la garde sur la Vérité, la Vie et l’Amour » pour sa localité.
