Un jour de sabbat, Jésus, enseigne dans une synagogue, et guérit une femme courbée depuis dix-huit ans à cause d’une déformation de la colonne vertébrale (voir Luc 13:10-17). Le chef de la synagogue, indigné, interpelle Jésus, rappelant à l’assistance que la loi juive interdit de travailler le jour du sabbat, jour de repos et de culte, et il leur enjoint de venir les six autres jours de la semaine pour être guéris.
Jésus rétorque en faisant remarquer que, puisque la loi juive autorise les propriétaires à sortir leurs animaux de l’enclos le jour du sabbat pour les mener boire, il est plus que légitime de libérer cette femme de sa maladie le jour du sabbat. Les paroles de Jésus font taire ses adversaires qui ont honte, tandis que la foule se réjouit du bien qu’il a accompli.
En relisant ce récit, je me suis demandé comment ces deux personnes, Jésus et le chef de la synagogue, tous deux profondément attachés au respect de la loi juive, avaient pu la comprendre et l’interpréter chacun de manière aussi diamétralement opposée. Y avait-il là une leçon à tirer concernant l’obéissance au Manuel de L’Eglise Mère, rédigé par la fondatrice de la Science Chrétienne, Mary Baker Eddy, ainsi qu’aux règles des églises filiales, lorsque des membres sont en désaccord quant à leur interprétation ?
J’ai d’abord ressenti une certaine empathie pour le chef de la synagogue. Comme les autres Juifs de son époque, il avait appris, dès son plus jeune âge, qu’il existait un seul Dieu et qu’il fallait L’aimer, que la nation d’Israël était une nation à part, car son peuple avait conclu une alliance avec Dieu, et que s’il respectait la loi de cette alliance divine, Dieu le protégerait et pourvoirait toujours à ses besoins. Promesse extraordinaire à une époque où la plupart des gens avaient juste de quoi vivre ou étaient en esclavage, et où la famine et les invasions armées constituaient des menaces mortelles fréquentes.
Depuis l’époque de Moïse, le peuple juif s’était efforcé de comprendre comment suivre le plus fidèlement possible la loi de Dieu pour que sa promesse se réalise. Mais plus d’un millénaire plus tard, leurs efforts se poursuivaient et leur histoire était marquée de nombreuses périodes de désobéissance à la loi de Dieu, de conflits internes et de domination par des puissances étrangères.
C’est dans ce contexte difficile que Jésus entra dans la synagogue, enseignant et appliquant cette même loi que le chef de la synagogue aimait et vénérait, mais avec un pouvoir et des résultats que ce dernier n’avait jamais vus auparavant. Apparemment alarmé par ce qu’il craignait être une transgression de la loi, le chef de la synagogue chercha à protéger son institution et s’en prit à Jésus et à son œuvre de guérison.
Je me suis demandé comment le chef de la synagogue avait pu s’égarer à ce point pour que l’heureuse guérison d’une femme, infirme depuis longtemps, devienne un problème. Dans l’Evangile selon Matthieu, j’ai vu que Jésus lui-même abordait cette question. Il dit aux experts de la loi religieuse et aux pharisiens : « Vous payez la dîme de la menthe, de l’aneth et du cumin, et ... vous laissez ce qui est le plus important dans la loi, la justice, la miséricorde et la fidélité. » (Matthieu 23:23)
J’en ai conclu que l’esprit de justice, la miséricorde et la fidélité sont des qualités indispensables pour interpréter correctement la loi. En l’absence de ces qualités, les efforts déployés par le chef de la synagogue pour respecter la loi n’étaient qu’une approbation du statu quo et un rejet de quelque chose qui n’avait jamais été fait auparavant. Il adopta cette attitude défensive pour protéger l’institution, mais en fin de compte, ce fut la conception inédite, novatrice et plus spirituelle de l’activité de l’Eglise démontrée par Jésus qui permit d’interpréter correctement la loi.
Cette question d’interprétation de la loi est importante à mes yeux. Le service Activités de l’Eglise de L’Eglise Mère, où je travaille, reçoit fréquemment des appels des églises filiales de la Science Chrétienne qui rencontrent des difficultés quant à l’interprétation du Manuel de L’Eglise ou de leurs propres règles. Souvent, ces discussions concernent des points de vue divergents sur une proposition soumise aux membres, les invitant à entreprendre une action tout à fait nouvelle. Certains membres peuvent considérer qu’une certaine interprétation des règles est nécessaire pour que l’église reste fidèle à elle-même, tandis que d’autres estiment qu’une autre interprétation est nécessaire pour que l’église progresse et se développe.
J’en suis venu à comprendre que ces deux objectifs, protection et croissance, sont justes et nécessaires, et qu’en réalité ils ne s’opposent pas. Jésus corrigea ce qui était perçu comme une opposition en mettant en avant ses qualités de justice, de miséricorde et de fidélité, tant dans ses relations avec les personnes qu’avec les autorités religieuses de l’époque. Ces qualités lui permirent d’interpréter la loi de façon à rétablir les bonnes priorités quant à la pratique religieuse, en privilégiant la guérison des malades et l’aide aux exclus et aux pauvres. Il fit valoir la légitimité de son action en déclarant : « Ne croyez pas que je sois venu pour abolir la loi ou les prophètes ; je suis venu non pour abolir, mais pour accomplir. » (Matthieu 5:17)
L’apôtre Paul poursuivit l’œuvre de Jésus, en diffusant le christianisme hors d’Israël, et en abandonnant même des règles culturelles que la justice, la miséricorde et la fidélité n’exigeaient plus, et n’avaient peut-être même jamais exigé. Il prit des mesures novatrices en accueillant les païens au sein de l’Eglise, en abandonnant les exigences du code alimentaire et des rituels, et en ouvrant la voie à la propagation du ministère de guérison et de rédemption de Jésus à travers l’Empire romain.
Ce n’était pas une tâche facile pour Paul, lui qui était tant soucieux de la lettre de la loi. Mais après sa profonde transformation survenue sur le chemin de Damas, il finit par comprendre que la mise en pratique des qualités spirituelles n’était pas un frein mais au contraire la clef de la protection et de la croissance de l’église. Et il écrira par la suite : « L’amour est donc l’accomplissement de la loi. » (Romains 13:10)
Des siècles plus tard, dans le sillage de Jésus et de Paul, Mary Baker Eddy souligne à son tour l’importance de l’amour, et écrit : « L’amour est l’accomplissement de la loi : c’est la grâce, la miséricorde et la justice. » (Ecrits divers 1883-1896, p. 11) Sur cette base elle rédige pour son Eglise un recueil de règles intitulé Manuel de L’Eglise Mère, et elle précise ceci : « S’il est une chose dont je suis sûre, c’est que chacune des règles et statuts de ce Manuel accroîtra la spiritualité de celui qui lui obéit, fortifiera son aptitude à guérir les malades, à consoler ceux qui pleurent et à réveiller les pécheurs. » (La Première Eglise du Christ, Scientiste, et Miscellanées, p. 230)
Le Manuel fournit des directives et des règles aux membres de L’Eglise Mère et de ses églises filiales. L’esprit de justice, la miséricorde et la fidélité qui étaient indispensables pour comprendre et respecter la loi juive à l’époque de Jésus, le sont tout autant aujourd’hui pour comprendre le Manuel et lui obéir.
Ces trois qualités sont particulièrement utiles pour guider une église filiale qui doit prendre des décisions sur des sujets que le Manuel n’aborde pas explicitement : par exemple, les personnes à l’accueil, la décoration florale, la décoration intérieure de l’église, le mobilier, l’aménagement paysager, les demandes pour être membre de l’église filiale ou les activités des comités. L’église s’emploie à exprimer ces trois qualités à travers ses activités de façon à ce que celles-ci soient perçues comme accueillantes par le public. Ces mêmes qualités incitent les églises à se tenir informées des courants de pensée au sein de leur localité et à répondre à leurs besoins avec amour, à faire preuve d’originalité dans leur approche et à être attentives à ce que les personnes en quête de spiritualité recherchent aujourd’hui : par exemple, le respect de leur réflection, un enseignement enrichissant et une communauté accueillante composée de personnes prêtes à des échanges spirituels sincères.
Comme on le constate avec Jésus et Paul, les nouvelles idées qui découlent de telles initiatives sont souvent en rupture avec les pratiques du passé.
Récemment, je discutais avec des membres d’une église filiale qui avait accueilli un nouveau membre il y a plusieurs années. En quête de spiritualité tout au long de sa vie, cette personne était si sérieuse qu’elle s’était déjà renseignée sur la vie de Mary Baker Eddy avant même de franchir le seuil de l’église.
Peu après être devenue membre, elle s’est étonnée de ce que les directives et les règles de l’église n’avaient pas évolué avec les nouvelles technologies et autres avancées des dernières décennies. Prenant cette question très à cœur, les membres ont prié et se sont livrés à une réflexion profonde concernant aussi bien les règles de leur église que le rôle de celle-ci au sein de la localité.
Au cours d’une conversation que j’ai eue par la suite avec plusieurs membres de cette église filiale, j’ai constaté que l’esprit de justice, la miséricorde et la fidélité, entre autres qualités, les avaient amenés à rompre avec d’anciennes habitudes de pensée, qui réduisaient les règles de l’église à une liste d’interdits, alors qu’elles auraient dû constituer une plate-forme sur laquelle concevoir ensemble des réponses empreintes d’amour et porteuses de guérison, aux besoins des membres de l’église et de leur localité.
Cette nouvelle attitude propice à la guérison reflétait un esprit d’ouverture novateur ayant pris naissance dans leurs cœurs, avant de se concrétiser dans la conduite et les règles de l’église. Ils ont adopté certains changements qui traduisaient cette évolution, tout en restant conformes au Manuel de L’Eglise. Ils disaient vouloir « inclure et non exclure, afin de soutenir chaque personne, quel que soit son cheminement spirituel, sans le juger. » Ils voulaient aussi « prendre activement soin de [leur] “famille d’église” et des visiteurs qui viennent assister aux services ». L’une des conséquences visibles de ces changements internes aura été l’ajout à leur église de 22 nouveaux membres au cours des huit dernières années.
(Le lecteur se demandera peut-être quels ont été ces changements apportés aux lieux et aux façons de faire, en pensant que son église pourrait également les adopter. Mais ces changements résultaient d’un processus d’introspection et d’ouverture d’esprit propre à cette église filiale, et n’étaient pas, en eux-mêmes, aussi importants que cette transformation mentale. En priant et en se laissant inspirer par les trois qualités que Jésus désigna comme les aspects les plus importants de la loi, chaque église filiale sera guidée vers ce qui convient le mieux à sa situation et à la localité.)
Comme Jésus le montra, quand la justice, la miséricorde et la fidélité guident dans l’interprétation des règles de l’église, apparaissent de nouvelles possibilités qui n’étaient peut-être pas visibles auparavant. Lorsque Jésus perçut que la femme avait besoin d’être guérie, il fit preuve de miséricorde en estimant que la règle qui préconisait de détacher un animal pour le mener boire était préférable pour illustrer son idée, à la règle qui interdisait de travailler le jour du sabbat. Et face à la nécessité de mettre à jour ses règles vieilles de plusieurs décennies, une église filiale s’est rendu compte que les qualités de Jésus l’ont incité à innover dans sa manière de penser, ce qui s’est inévitablement manifesté de manières concrètes, et elle a vu le nombre de ses membres augmenter.
Quels changements novateurs pourraient découler, au sein de votre filiale, d’une approche centrée sur la justice, la miséricorde et la fidélité, et à quels nouveaux développements cela pourrait-il conduire ?
