Une amie et moi, toutes deux actrices débutantes, rentrions un jour d’un cours de théâtre que nous suivions à New York. Après avoir franchi le tourniquet d’une station de métro, nous nous sommes dirigées vers les escaliers menant au quai. En haut des marches, un adolescent à l’air intimidant nous a tenu des propos insultants.
A ma grande surprise, mon amie lui a lancé en retour une horrible insulte. Sa réaction m’a sidérée. C’était à mes yeux une personne attentionnée, intelligente et aimante. Cette réaction impulsive, venant d’un désir de riposter, ne lui ressemblait pas du tout.
Comme pour échapper à ses paroles déplacées, nous nous sommes éloignées de l’adolescent en descendant rapidement les escaliers, et nous avons marché le long du quai. Je n’ai rien dit au sujet de cet incident. Nous nous sommes assises sur un banc où nous avons bavardé en attendant le métro. Quelques minutes plus tard, un groupe d’adolescents s’est avancé délibérément vers nous.
Avant même que je m’en rende compte, ils nous avaient encerclées. J’ai vu une arme à feu et j’ai compris qu’on se faisait agresser. Nous avons rapidement sorti nos portefeuilles pour les leur donner, mais avant de partir, les garçons nous ont insultées, et j’ai senti quelque chose me frapper. Comme d’autres personnes se tenaient un peu plus loin sur le quai, le groupe est reparti à toute vitesse.
Je ne savais pas que j’étais blessée jusqu’à ce que mon amie me regarde et s’écrie : « Ils t’ont frappée au front avec leur arme ! » Elle était inquiète à cause de la blessure et aussi parce qu’il semblait y avoir un lien entre l’agression et l’insulte qu’elle avait lancée à l’adolescent quelques minutes avant.
J’ai touché mon front : effectivement j’étais blessée et je saignais.
Etonnamment, je n’étais pas bouleversée. Je n’étais pas en colère et je ne me considérais pas comme une victime. Ayant reçu une éducation scientiste chrétienne, il m’apparaissait évident que chacun de nous – l’adolescent provocateur, mon amie imprudente, la bande vengeresse et moi-même, l’innocente – jouait un rôle dans une triste histoire où s’affrontaient des milieux sociaux différents.
Mais je savais aussi qu’en fait, malgré la réalité apparente de cet incident, ce n’était là qu’une perception erronée, une fable mensongère au sujet de notre véritable identité. Même à ce moment-là, je savais que chacun de nous, à sa manière, était une expression distincte et rayonnante de Dieu, l’Amour, l’Entendement. J’ai compris que si j'avais connu ces garçons individuellement, j’aurais vu qu’ils manifestaient des qualités telles que la loyauté, la créativité, la fraternité, la force et la joie.
Ces qualités composaient leur véritable identité créée par Dieu, et ne pouvaient donc être corrompues sous la pression de circonstances humaines. Mais vu ce qui s’était passé, il me fallait certainement clarifier dans mes pensées que c’était la vérité à leur sujet.
Comment faire face aux pensées négatives qui viennent à l’esprit, surtout lorsque le contexte semble indiquer qu’elles sont légitimes ? La découvreuse de la Science Chrétienne, Mary Baker Eddy, donne ce conseil très utile : « Gardez la porte de la pensée. N’admettez que les conclusions dont vous voudriez voir les effets se réaliser sur le corps, et vous vous gouvernerez harmonieusement. » (Science et Santé avec la Clef des Ecritures, p. 392)
C’est ce que j’ai fait ! J’ai refusé de les considérer comme « des petits voyous », choisissant de prier pour entendre ce que Dieu me disait à leur sujet. Dans mes pensées, j’ai entendu très nettement que je pouvais leur pardonner sans réserve et les aimer ; je pouvais affirmer leur innocence et leur bonté innées. Après tout, Jésus ne nous a-t-il pas enseigné : « Aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent, faites du bien à ceux qui vous haïssent » (Matthieu 5:44) ?
Ces directives sont très claires, alors je les ai appliquées. Au milieu de l’agitation qui a suivi – la police, les premiers secours et l’interrogatoire d’un inspecteur – j’ai gardé mes pensées remplies d’amour pour ces garçons et pour leur vraie nature, refusant d’admettre que la haine puisse avoir le moindre pouvoir sur aucun d’entre nous.
Le lendemain, je n’ai ressenti aucun effet secondaire, même si j’avoue avoir craint de garder une cicatrice sur le front. Pour combattre cette peur, j’ai demandé à un praticien de la Science Chrétienne de prier avec moi. Dans nos prières, nous avons insisté sur ce fait spirituel : les adolescents étaient innocents, j’étais innocente, et il n’y avait donc jamais eu de point de friction ni de lieu où des actes de violence s’étaient produits. Je suis très heureuse de pouvoir dire que la plaie s’est refermée rapidement et sans complication, au point que, lorsque je suis allée rendre visite à mes parents, quelques jours plus tard, il n’y avait aucune trace.
Je n’ai pas non plus souffert d’un traumatisme émotionnel à la suite de cet incident. Cela peut paraître surprenant, mais la seule chose qui m’a vraiment marquée, c’est la joie de comprendre un peu plus que chacun de nous est en réalité tel que Dieu nous connaît.
